Ça y est, c’est la rentrée !

Fini les vacances !

Elles furent diverses : musicales, aquatiques, savoyardes, provençales, gourmandes et même un (tout petit peu) sportives.

Mais surtout elle furent longues. J’ai de la chance.

Alors après ces “quelques semaines d’ailleurs”, je suis contente de revenir chez moi.

Home sweet home.

Retrouver mon lit, mon oreiller, ma cafetière, ma terrasse avec mon olivier rachitique. Le seul à résister vaillamment au milieu de toutes les plantes increvables que je réussis pourtant méthodiquement à faire crever.

Rien n’aura changé.

Sauf… Ça.

Il n’y aura plus qu’un paillasson.

Le mien.

Orphelin. Seul. Privé de son jumeau.

2008. A-S savait ce qu’il fallait savoir sur moi avant même de me rencontrer. Je savais des choses sur elle. Les gens ont toujours une info à vous donner sur les autres dans les petites villes. C’est pratique.

Elle avait ri en voyant mon paillasson « Que serait ma maison sans les filles ? » Sa seule question fut « Est-ce qu’ils font le même avec les garçons » ?

« Bien sûr »

Et quelques temps après, je lui avais offert.

Evidemment, elle avait voulu me le rembourser. J’avais refusé. Elle m’avait offert une plante. Je l’ai fait crever (la plante, pas A-S.). Elle ne m’en a pas voulu (A-S. pas la plante).

Et depuis 2009 (?), nos deux paillassons cohabitaient perpendiculairement en bonne intelligence. L’un n’empiétant jamais sur l’autre.

Et pendant dix ans ?

Presque rien, pas grand chose, le quotidien…

J’ai vu C. bébé. J’ai appris qu’il ne serait jamais un petit garçon comme les autres. Je l’ai vu grandir et se battre contre la maladie avec courage. Il m’a toujours fait penser au Petit prince de Saint Exupéry avec ses boucles blondes.

J’ai vu A-S triste mais déterminée. Avec des lunettes noires. Avec le sourire. Plus mince. Plus grosse. Beaucoup plus grosse. Enceinte.

« Mais comment on va faire pour le paillasson si c’est une fille ? »

« Je te rassure, c’est encore un garçon ! »

« Ouf ! »

A., un deuxième Petit Prince aux boucles d’or, est arrivé en 2016.

J’ai croisé régulièrement L., papa résolument souriant quoi qu’il arrive. Entre deux déplacements pour son boulot, il m’a aidée à sortir et rentrer mon arbuste moche mais increvable dans son gros pot rouge au gré des saisons.

Ils ont souvent caressé Jodie. Parfois, C. a eu un peu peur de l’ouragan canin. « Arrête, tu la connais depuis que tu es tout petit, vous avez quasiment le même âge ! » Parfois, A., le petit frère, lui a foncé dessus. “Et si on les laissait tous les deux dans le couloir avec une balle de tennis pour voir lequel survit ?”

Humour de mauvaises mères !

Rires.

Pleurs aussi.

Il y a bientôt trois ans, j’ai quitté la Savoie pour revivre complètement à Vienne (alors que je n’y passais que trois jours par semaine jusque là) suite à une séparation.

Un retour à contre-coeur un peu adouci par le bruit des boucles blondes dans le couloir.

L’année dernière, A-S m’a récupérée dans le couloir un dimanche matin après un aller-retour express à Bordeaux pour officialiser une rupture.

Elle m’a offert un peu de son temps, des kleenex et un café réconfortant.

Moi aussi je l’ai croisée les yeux rouges. Pour d’autres raisons. Parfois j’ai balancé un petit mot maladroit ; parfois rien, parce que je ne savais pas quoi dire.

J’ai souvent vu ses parents. Elle a souvent croisé ma mère. J’ai réceptionné des colis pour lui éviter la poste. Elle m’a aidée à empaqueter des affaires à expédier à Bordeaux. (Ça n’a rien à voir mais je suis vraiment la seule imbécile à continuer à faire des cadeaux après une rupture à quelqu’un qui ne le mérite pas ?).

J’ai surveillé les enfants le temps qu’elle descende à la pharmacie pour éviter de les habiller et de les sortir en plein hiver. On s’est tenu la porte, renvoyé l’ascenseur, dépanné pour un rouleau de sopalin.

Elle m’a posé des brins de muguets sur le paillasson. L. a mis des papillotes dans mes bottines sales abandonnées dans le couloir à Noël dernier. J’en rigole encore !

(Image retrouvée de ma Story Instagram !)

Je leur ai donné des madeleines (dans ma période “madeleine”) et du gâteau de Savoie (dans ma période “gâteau de Savoie”). Elle m’a donné du gratin de chou-fleur.

J’ai essayé de calmer A., un jour de très grosse colère, pendant que A-S excédée descendait des affaires dans la voiture au garage.

Je n’ai jamais rien dit pour la poussette dans le couloir. Ils n’ont jamais rien dit pour ma trottinette. Et surtout ils ont supporté les poils de Jodie sur leur paillasson. Parce qu’elle aimait se gratter sur les deux.

Aujourd’hui, il me semble que même elle a l’air de trouver qu’il y a un truc bizarre.

Les nouveaux voisins sont sûrement très sympathiques et ils auront sûrement bientôt un paillasson très joli.

Moi, je crois que je vais changer le mien.

A-S. était triste en m’annonçant qu’ils allaient déménager. J’étais triste aussi. J’ai dit que je comprenais, que c’était mieux pour les enfants, surtout pour C.

On n’a pas pleuré. On s’est dit des choses par texto. Elle m’a notamment avoué qu’une chanson de Patrick Fiori lui faisait penser à moi. J’ai confessé aimer Patrick Fiori (personne n’est parfait) en général et cette chanson en particulier. On s’est promis que ça resterait entre nous !

J’espère qu’elle me pardonnera ma trahison et tout ce déballage !

Et surtout j’espère qu’ils seront heureux dans leur nouvelle maison même s’ils ont un nouveau paillasson.

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